Bonsoir Dyane, Oh ce poème ! Je l'ai lu ici, à Istanbul, derrière une baie vitrée tout en haut d'un hôtel, dans la nuit mélancolique, surplombant deux rives dos à dos dans le gris-bleu de la neige et le rose-bleu des lumières. Me croirez vous si je vous dis que je me suis laissé aller ? Cette fois, il s'agissait seulement de fermer les yeux, plus de parler de moi. Mais les mots ont sur moi un pouvoir dont j'ignore encore la portée. Les mots de ce poème ont ajouté à la mélancolie. Jeu du hasard, je vois un immense portrait de Victor Hugo couvrant la façade d'un immeuble, en face de moi. Celui que tout le monde connait : la tête dans la main, il regarde... l'absence Istanbul... D’un côté c’est l’Europe et le soleil couchant. Les jardins, la mosquée, Topkapi, le Bazar, La Citerne romaine aux piliers inquiétants Où la Méduse attend qu’on croise son regard, Sainte Sophie aux courbes et aux parfums d’orient, Constantinople va, devant moi, au hasard. D’un côté c’est l’Asie, au sourire accueillant, Là où le soleil monte et en projette l’ombre Sur la mer Marmara, qui ne craint pas le temps... Elle a connu les lettres, elle a connu les nombres. Dans les yeux clairs des femmes rêvant d’occident, Elle sait que la nuit jette des taches sombres. Ce soir c’est Istanbul et puis, demain encore, Je serai loin, si loin, à me regarder vivre Dans ce vide où je suis étranger avant tout. Un étranger ou rien, un passant qu’on ignore, Mais ce soir, sous mes yeux refermés comme un livre, Je ne verrai que toi et tu seras partout. Dans les cris des navires, en bas, sur le Bosphore Dans le froid de la nuit qui étrangle les tours, Dans le silence, enfin, tombant des minarets, Et là dans les lumières de la Corne d’Or. Tu marcheras vers moi et m’apportant le jour Tu seras dans mes yeux et je serai en paix. Alors je rêverai, les yeux fermés ou non, Que j’ai posé au sol mes désirs de départ, Ce besoin de voler, là où je ne suis pas. Je saurai qu’il est là, cet incroyable pont, Entre l’eau et le vent, la lumière et le noir, Je saurai… Non. Je sais, car je le vois… C’est toi.
Patrick
Musique : Nocturne pour violon et piano de Chopin Ariane et Roman





















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