Allemagne - Inde
1941 Une lettre de Gandhi à Hitler
Voici une lettre parmi les plus
étonnantes et les plus improbables de la seconde guerre mondiale...
A la veille de Noël 1941, le mahatma Gandhi écrit à Adolf Hitler...
pour lui demander de stopper son action guerrière et de se rallier
à la non-violence ! On pourrait être tenté de crier à la naïveté ou
à la folie. Mais la teneur même de ce courrier, la fermeté du
discours et la sérénité dans l'affirmation des convictions ne
peuvent que susciter le respect et l'admiration chez le
lecteur.
24 décembre 1941,
Cher Ami,
* Si je vous
appelle ami, ce n’est pas du formalisme. Je n’ai pas
d’ennemis. Depuis 33 ans l’œuvre de ma vie a été
de m’assurer l’amitié de toute l’humanité, sans
distinction de race, de couleur ou de croyance.
* J’espère
que vous aurez le temps et le désir de savoir comment une part
importante de l’humanité qui vit sous l’influence de
cette doctrine d’amitié universelle considère vos actions.
Nous ne doutons pas de votre courage et de votre amour pour votre
patrie et nous ne croyons pas que vous soyez le monstre décrit par
vos adversaires. Mais vos écrits et vos déclarations, ainsi que
ceux de vos amis et de vos admirateurs, ne permettent pas de douter
qu’un grand nombre de vos actes ne soient monstrueux et
attentatoires à la dignité humaine, surtout au jugement de ceux
qui, comme moi, croient à l’amitié universelle. Il en est
ainsi de votre humiliation de la Tchécoslovaquie, du viol de la
Pologne et de l’absorption du Danemark. Je suis conscient
que, selon votre conception de la vie, ces spoliations sont des
actes louables. Mais nous avons appris depuis notre enfance à les
considérer comme des actes humiliants pour l’humanité. Aussi
ne pouvons-nous pas souhaiter le succès de vos armes.
* Mais notre
position est unique. Nous résistons à l’impérialisme
britannique tout autant qu’au nazisme. S’il y a une
différence, c’est une différence de degré. Un cinquième de la
race humaine a été mis sous la botte britannique par des méthodes
qui ne supportent pas l’examen.
* Notre résistance
à cette oppression ne signifie pas que nous voulons du mal au
peuple britannique. Nous cherchons à le convertir, non à le battre
sur le champ de bataille. Notre révolte contre la domination
britannique est désarmée. Mais que nous convertissions ou non les
Britanniques, nous sommes résolus à rendre leur domination
impossible par la non-coopération non-violente. C’est une
méthode invincible par sa nature même. Elle est basée sur le fait
qu’aucun spoliateur ne peut atteindre son but sans un minimum
de coopération, volontaire ou forcée, de la part de sa
victime.
* Nos maîtres
peuvent avoir nos terres et nos corps, mais pas nos âmes. Ils ne
peuvent avoir ces dernières qu’en exterminant tous les
Indiens, hommes, femmes et enfants. Il est vrai que tous ne peuvent
s’élever à ce degré d’héroïsme et que la force peut
briser la révolte, mais ce n’est pas la question. Car si
l’on peut trouver en Inde un nombre convenable d’hommes
et de femmes prêts, sans aucune rancune contre les spoliateurs, à
sacrifier leurs vies plutôt que de fléchir le genou devant eux, ils
auront montré le chemin de la libération de la tyrannie violente.
Je vous prie de me croire quand j’affirme que vous trouverez
un nombre inattendu de tels hommes et femmes en Inde. Ils ont reçu
cette formation depuis 20 ans.
* Comme je
l’ai dit, dans la technique non-violente la défaite
n’existe pas. C’est «agir ou mourir» sans tuer ni
blesser. Elle peut être utilisée pratiquement sans argent et de
toute évidence sans l’aide de la science de la destruction
que vous avez poussée à une telle perfection. Je suis étonné que
vous ne voyiez pas qu’elle n’est l’exclusivité de
personne. Si ce n’est pas les Britanniques, quelque autre
puissance pourra améliorer votre méthode et vous battre avec vos
propres armes. Vous ne laissez pas à votre peuple un héritage dont
il aura lieu d’être fier. Il ne pourra s’enorgueillir
du récit d’actes cruels, même adroitement préparés. Je vous
demande donc au nom de l’humanité de cesser la guerre
(...).
* Pendant cette
saison où les cœurs des peuples d’Europe implorent la
paix, nous avons suspendu même notre propre lutte pacifique. Ce
n’est pas trop vous demander que de faire un effort pour la
paix à un moment qui ne signifie peut-être rien pour vous, mais qui
doit signifier beaucoup pour les millions d’Européens dont
j’entends la clameur muette pour la paix, car mes oreilles
sont habituées à entendre les masses silencieuses. J’avais
l’intention d’adresser un appel conjoint à vous-même et
au Signor Mussolini que j’ai eu l’honneur de rencontrer
à l’époque de mon voyage en Angleterre comme délégué à la
conférence de la table ronde. J’espère qu’il voudra
considérer ceci comme lui étant également adressé, avec les
changements indispensables.



















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